LA PETITE DANSEUSE      
         ANNE VANDERLOVE  / ANNE VANDERLOVE

 

Elle est tombée de son plateau,
La petite danseuse mécanique
Qui tournait au son du phono
D’une vieille boîte à musique.
Une mélodie, une rengaine
Comm’ celles qu’elle aimait chanter,
Là-bas, aux frontières de l’Ukraine,
Mais son cœur s’est désaccordé,
Désaccordé, désaccordé…


Et sa mémoire s’éparpille
En milliers d’images fugaces,
La Smoky-Mountain de Manille,
Ou juste le trottoir d’en face,
Où des salauds de toute engeance
Vendent leur âme trente deniers
Contre un dernier lambeau d’enfance
De petites filles désenchantées,
Désenchantées, désenchantées…


C’est là qu’on l’a jetée, un soir,
Dans les mains de marchands d’amour,
Sur les périphs, sur les boulevards
De Santiago, de Singapour…
A Berlin, Rome ou Amsterdam,
En éternelle fiancée,
Elle effeuille les fleurs du mal
Sur des pianos désaccordés,
Désaccordés, désaccordés…


Elle sait qu’elle ne reverra pas
La maison bleue de sa grand-mère,
Il ne reste plus rien là-bas
Que de la cendre, de la poussière.
Mais que passe un vol de cigognes
Dans les hasards d’un ciel fâché,
A demi-voix, elle fredonne
Une chanson désenchantée,
Désenchantée, désenchantée…

 

La petite danseuse mécanique
A tout oublié du bonheur,
Quand elle s’est foulé la cheville,
Elle s’est aussi foulé le cœur.
Qui lui rendra son innocence ?
Le monde s’en est emparé,
Lui laissant encore moins de chance
Qu’à ces p’tits bateaux de papier
Qu’au long des jours de pluie, l’enfance
Au caniveau fait dériver .
Qui nous rendra notre innocence,
Dans ce monde désaccordé,
Désaccordé, désaccordé…

 

 

 

 

 

 

                                 A Joël et Annie